Marie Louise LE BOZEC : parcours d’une déportée résistante morbihannaise
(1914 – 2003 )
Née à Bouée, en Loire Atlantique, le 23 avril 1914, Marie Louise LE BOZEC était la fille de Louis, employé des chemins de fer et de Marie Jeanne CARLACH. Cadette d’une fratrie de 4 enfants, 3 filles et un garçon, sa sœur aînée n’était autre que Marie Jeanne, « Yvon » dans la Résistance, au parcours également héroïque et future secrétaire particulière du Général de Gaulle.
Quand débute l’Occupation, domiciliée à Lanester, elle est élève infirmière à l’Hôpital Bodélio de Lorient. Elle entre très tôt en Résistance, entre la fin 1940 et le début de 1941 : après la Guerre, ses services au titre de la Résistance Intérieure Française sont homologués à partir du 1 ° janvier 1941. Elle est considérée comme une Résistante isolée : les documents désignant les personnes avec qui elle entre en contact pour son activité ne mentionnent pas non plus une quelconque appartenance à la Résistance organisée. Il est vrai que son activité débute de très bonne heure par rapport à la mise en place de réseaux et mouvements structurés .
Animée de fortes convictions gaullistes, son action se déploie dans 3 domaines et sur 4 localités : principalement Lorient, mais aussi Quimperlé, Vannes et même Nantes. Distribution de tracts gaullistes. Photos de l’Arsenal de Lorient , développées par un photographe de la ville pour être transmises ensuite à des sous marins britanniques par l’intermédiaire d’un bateau de pêche lorientais. Et aide à l’évasion d’un pilote britannique capturé par la Wehrmacht, hospitalisé à Nantes en lui fournissant des vêtements civils.
Elle est arrêtée sur dénonciation, le 19 août 1941 à l’hôpital Bodélio, à son retour de congés vraisemblablement par la G F P ( Police Secrète Militaire ). Des tracts sont saisis sur son lieu de travail ainsi qu’à son domicile. Jusqu’au 22 elle est internée d’abord à la Kommandantur et ensuite à la caserne du Quai des Indes. Elle subit 2 interrogatoires, mais garde le silence
Transférée à la maison d’arrêt de Vannes , place Nazareth, jusqu’au 25 janvier 1942, malgré sa mise à l’isolement, elle continue à y déployer une activité résistante, grâce à sa connaissance de la langue allemande et à la complicité d’un gardien allemand, francophile et antinazi , ancien prisonnier de guerre en France lors du 1° conflit mondial, Hermann ZITTO ( qu’elle retrouvera en Allemagne après la guerre ). Elle parvient par exemple à faire libérer un groupe de résistants finistériens en leur permettant de déclarer une même version lors de leurs interrogatoires puisqu’elle distribuait les repas dans leurs cellules. Dans cette même prison, elle fit aussi la connaissance de Résistants vannetais précoces : les 2 soeurs BEAUDART ainsi que la famille MÉVEL.
A l’issue de 3 interrogatoires, toujours silencieuse, elle fut traduite devant la Cour Martiale de la FK 750 qui siégeait dans la salle Roth de la Préfecture et condamnée le 9 janvier 1942. à 1 an et 7 mois de prison.
Elle fut ensuite dirigée sur la prison Centrale de Fresnes où elle ne séjourna qu’une nuit. Le 26 janvier, elle prit le chemin de l’Allemagne en train cellulaire au départ de la Gare de l’Est, côtoyant pendant le transport, entre autres prisonnières, des prostituées allemandes.
Cette période dura 5 mois et une semaine
Avant son internement à la prison Klingelpüts de Cologne entre le 6 février et le 17 août 1942 ou le 27 septembre, elle transita par les prisons de Karlsruhe, Francfort et Coblence. Durant cette période elle manifesta constamment son refus du travail et se livra même à du sabotage.
Entre le 17 août 1942 ou le 28 septembre et le 21 ou le 27 avril 1943, elle passa par les prisons et camps de Wittlich, Gillenfeld et Flüssbach ( pour le compte de l’entreprise Appolonia ), adoptant toujours le même comportement d’insoumission .
Son séjour dans ces lieux de détention tous situés à l’Ouest du Reich, s’acheva à Trèves entre le 22 ou le 28 avril 1943 et le 13 ou 14 mai , date officielle de l’achèvement de la peine prononcée par le F K 750 de Vannes. Date à laquelle la Gestapo lui proposa , en échange d’une libération, de signer un contrat de travail stipulant qu’elle acceptait de collaborer avec les autorités nazies en dénonçant ses collègues de travail, allemands ou étrangers, hostiles au régime. Au nom de ses convictions elle elle opta pour son transfert au camp de Ravensbrück, le camp de concentration réservé aux femmes, sous le matricule 19860.
Elle y arriva le 19 mai, après avoir transité par Cologne ( de nouveau ) , Hanovre et Berlin ( prison de l’Alexanderplatz ) en wagons à bestiaux. Fidèle à sa ligne de conduite de refus, elle y demeura jusqu’en septembre.
Ce qui lui valut un ultime transfert, cette fois au Kommando de Neubrandenburg où elle continua de manifester la même volonté de résistance, d’autant plus que dans ce Kommando elle aurait dû travailler pour l’industrie d’armement. Jugée par ses bourreaux comme dangereuse,elle finit par être affectée à des travaux de terrassement et de maçonnerie, protégée, ainsi que ses camarades d’infortune, pendant une courte période par un couple de prisonniers allemands affecté à leur surveillance, tous deux antifascistes, qui disparurent du jour au lendemain.
Cette période dura 3 ans et 3 mois.
Sa libération intervint à partir du 27 avril 1945, date de l’évacuation du Kommando devant l’avance des troupes soviétiques. Dés le 28, elle réussit à s’évader avec des camarades de cette marche de la mort à travers le Mecklembourg.
Après une pause de 2 jours, entre le 28 et 29 dans le manoir d’un grand domaine agricole fraîchement évacué par ses propriétaires, membres de la famille de Clèves, à Kraase ( qu’elle retrouvera en 1990, après la réunification de l’Allemagne ), elle entreprit, toujours dans le Mecklembourg, une marche de 170 km qui lui permit de rejoindre à Wittenberge sur l’Elbe des unités de l’armée américaine.
Le 17 mai 1945 elle fut rapatriée par le centre de Maubeuge et revint dans sa famille désormais établie à Saint Étienne de Montluc, le 26 mai.
Au total, son internement et sa déportation durèrent 3 ans et 8 mois.
Elle fut nommée chevalier de la Légion d’Honneur le 19 novembre 1964.
Elle reçu aussi la Croix de Guerre en 1963.
Elle fut par ailleurs homologuée au rang de « soldat » au titre de la R I F.
Après son retour, elle passa ses examens d’infirmière et se retrouva à exercer sa profession en Afrique coloniale française jusqu’aux indépendances.
Elle décéda en 2003 à Damgan où elle s’était retirée pour sa retraite.
Article du Télégramme morbihan