Port-Louis (Morbihan), Citadelle, 1944

Le Mémorial des fusillés de Port-Louis dans le Morbihan a été érigé face à la rade de Lorient, à l’entrée de la citadelle où de nombreux patriotes bretons ont été exécutés. La découverte tardive, le 18 mai 1945, de ce lieu d’exécution s’explique par le fait qu’il était situé à l’intérieur de la Poche de Lorient tenue par la Wehrmacht jusqu’au 7 mai 1945, date de la capitulation de l’Allemagne nazie signée à Reims et de la reddition à Étel des troupes allemandes commandées par le général Fahrmbacher.

 

La citadelle de Port-Louis, lieu de détention et d’exécution

Le 27 avril 1944, dans le cadre de la « lutte contre les terroristes », le général Fahrmbacher qui commandait le XXVe Corps d’Armée en Bretagne, donna l’ordre d’« installer des centres de rassemblement » dans la citadelle de Brest dans le Finistère, dans la citadelle de Port-Louis et au Fort Penthièvre dans le Morbihan, « où devront être logés les terroristes arrêtés au cours des interventions de la troupe, en accord avec le SD, jusqu’à leur jugement ou leur évacuation ». La garde de ces lieux de détention, où siégèrent des tribunaux militaires allemands spéciaux, fut confiée à un régiment de forteresse.
De mai 1944 à mai 1945, de nombreux résistants détenus dans des prisons du Morbihan et de Quimperlé dans le Finistère ont été transférés dans la citadelle de Port-Louis, qui servait alors de prison allemande où étaient détenus les soldats de la Wehrmacht frappés de sanctions disciplinaires. Ces résistants y ont été incarcérés, interrogés et torturés, fusillés après condamnation à mort, ou exécutés sans jugement.

Depuis février 1944, dans le Morbihan, le tribunal militaire allemand de Vannes (FK 750), avait à nouveau prononcé des condamnations à mort, ce qu’il n’avait plus fait depuis 1942. Devant le nombre important des jugements à prononcer, deux tribunaux militaires spéciaux furent créés, qui siégèrent dans la citadelle de Port-Louis et dans le Fort Penthièvre en Saint-Pierre Quiberon. Le dossier AVCC du résistant Joseph Le Corre, indique que ce dernier a été condamné à mort le 20 juin 1944 par le tribunal militaire allemand 102381 siégeant provisoirement à Port-Louis, où il a été fusillé le 15 juillet 1944.
Selon le témoignage de Théodore Le Dortz, Jean Feuillet, Roger Le Cunff, Jean Martin, Bertrand Pérennou, Aimé Trébuil, Francis Trébuil et le professeur Émile Mazé ont été jugés, sans être informés de la sentence. Le 9 juin 1944 l’interprète leur a signifié qu’ils allaient être transférés le lendemain à Vannes, alors que le 10 juin à 5 heures du matin, ils furent conduits au stand de tir de Port-Louis où ils furent exécutés.

La découverte du charnier
Le 18 mai 1945, une dizaine de jours après la reddition de l’Allemagne nazie, sur les indications fournies par un soldat tchèque et un soldat polonais incorporés de force dans des unités disciplinaires de la Wehrmacht, un charnier fut découvert sous les décombres du stand de tir installé par les Allemands à l’entrée de la citadelle de Port Louis. Ils l’avaient délibérément dynamité pour faire croire à une destruction causée par une bombe lancée par l’aviation alliée. Au cours des jours qui ont suivi, soixante-neuf corps furent exhumés par des prisonniers de guerre allemands.

Un procès-verbal adressé le 19 mai 1945 au procureur de la République de Lorient par le commissaire central Édouard Brunet-Dramard, qui a procédé à l’exhumation, précise que ces soixante-neuf corps ont été découverts dans trois fosses :

« Nous faisons procéder à l’exhumation des cadavres dans ces fosses en vue de leur identification et nous établissons que cinq corps se trouvaient dans la fosse de droite, vingt-deux dans la première de gauche et quarante-deux dans la seconde du même côté. Après le relevé du signalement, chaque corps a été placé dans un linceul, et numéroté de 1 à 69, puis déposé dans un garage de Port-Louis jusqu’au moment de l’inhumation définitive ». Ce garage appartenait à Jacques Lenormand, qui avait été fusillé le 13 juillet 1944 au Fort Penthièvre.

Selon Jean Tisserand, ingénieur principal de la marine qui a assisté à l’exhumation,
« Les corps étaient recouverts de chaux, certains mutilés, avec des patates à la place des yeux. Ils étaient déjà dans un état de décomposition qui rendait les identifications difficiles. Certains avaient les mains attachées derrière avec du fil de fer. Ils ont été alignés le long du muret de la citadelle ».

Selon l’historien Jean-Claude Catherine, « les exécutions se passaient vers 5 heures du matin. Le peloton de soldats était aux ordres du sous-lieutenant Hermann Fuchs, 30 ans, qui commandait la compagnie disciplinaire de la citadelle. Celui-ci était sous l’autorité du général Walter Düvert qui, en tant que chef de la 265e Division d’infanterie basée en Bretagne-Sud, s’impliquait directement dans l’activité de la citadelle, interdisant les échanges de lettres et de colis entre les prisonniers et leurs familles ainsi que la présence d’un aumônier pour assister les fusillés. Les victimes, dont beaucoup avaient les pieds et mains entravés de fil de fer et les yeux bandés, étaient abattues au bord de la fosse et recevaient le coup de grâce d’une rafale de mitraillette ».

Les corps furent déposés dans des cercueils et alignés le long du rempart de la citadelle où familles et proches de disparus sont venus identifier, un époux, un fils, un frère, un ami.
Le 19 mai 1945, contraint par les autorités militaires françaises et américaines à regarder en face ce charnier, le général allemand Fahrmbacher simula un haut-le-cœur de dégoût et osa prétendre qu’il ignorait tout du sort de ces fusillés.

Dès le 14 juin 1945, quarante-quatre cadavres purent être identifiés grâce aux vêtements, aux chaussures, aux initiales d’un mouchoir, à la dentition...
En 1995, un soixante-dixième corps, celui d’une femme INCONNUE 7, a été retrouvé à l’intérieur de la citadelle, qui n’a pas pu être identifié.

Dans les archives allemandes
Les archives allemandes recensant les condamnations à mort prononcées par le tribunal militaire allemand de la 265e Division d’infanterie siégeant à Quimperlé (Finistère) ont été en partie détruites. Seules les archives concernant les vingt-trois condamnations suivies d’exécutions, prononcées à partir du 9 juin 1944 par ce tribunal, ont été déposées en 1971 à Arolsen :
Fusillés les 11 et 12 juin 1944 : Fernand Evennou, François Henriot, René Le Duigou, François Le Gallic, Jean Le Meste, Georges Le Moëne, André Mauvaise, Louis Mahot, François Morlec, Lucien Perron, Georges Poulhalec et Joseph Riou, qui avaient été condamnés à mort pour activité de franc-tireur le 9 juin 1944 ;
Fusillé le 15 juin 1944 : François Le Daëron, qui avait été condamné à mort à une date non précisée ;
Fusillés le 22 juin 1944 : Jean Coré, Jean Le Coz, Yves Le Jan, Joseph Le Meste, Joseph Le Solliec, François Mahé et Pierre Morvan, qui avaient été condamnés à mort le 20 juin 1944 ; leurs corps ont tous été identifiés en mai 1945 à l’exception de celui de Joseph Le Meste ;
Fusillés le 30 juin 1944 : Anatole Kerhervé, Pierre Le Fort et Joseph Quéret, qui avaient été condamnés à mort le 28 juin 1944 .

Presque tous ces condamnés à mort ont été fusillés au stand de tir de la Citadelle de Port-Louis, à l’exception d’Anatole Kerhervé, François Le Daëron et Pierre Le Fort dont les corps ont été retrouvés le 30 juin dans une fosse au Bois du Duc en Quimperlé.

Qui étaient ces fusillés ?
Les fusillés-exécutés de Port-Louis étaient très majoritairement des jeunes célibataires : soixante d’entre eux avaient moins de 25 ans, les plus jeunes 18 ans, et le plus âgé 49 ans. Beaucoup étaient des réfractaires au Service du travail obligatoire (STO). Il y avait des militaires, des gendarmes, d’anciens marins, des cultivateurs, des ouvriers, des artisans, des employés, des étudiants. La plupart étaient originaires du Nord-Ouest du Morbihan et des confins Est du Finistère.
Il est difficile de déterminer la date précise de leur exécution, qui pour le plus grand nombre se situe au cours du printemps et de l’été 1944, de mai à juillet. La date de décès mentionnée sur leur état-civil correspond à la date de leur identification au printemps-été 1945.

Le procès des bourreaux après la guerre
Après la guerre, à l’issue de la procédure judiciaire engagée par les familles de fusillés devant les tribunaux français à Rennes puis à Paris, le lieutenant Fuchs, qui avait commandé le peloton d’exécution, a été condamné à deux ans d’emprisonnement, peine qu’il n’a pas effectuée en raison de la loi d’amnistie du 16 août 1947. Un autre lieutenant qui avait procédé aux interrogatoires a été acquitté. Un adjudant poursuivi pour coups et blessures volontaires a été condamné à cinq ans de prison par contumace. Quant au général Düvert, qui avait réussi à rentrer en Allemagne sans être inquiété, et dont un rapport de la Police judiciaire avait démontré le « rôle clé » en particulier dans la décision de procéder à des exécutions sans jugement, il a échappé à la justice française. En 1951, un jugement définitif n’a pas retenu la qualification de « crime de guerre » pour les exécutions sans jugement de Port-Louis.

Comment honorer la mémoire des fusillés ?
Le 25 octobre 1945, la mère de Joseph Le Corre écrivit au maire de Port-Louis :
« Monsieur le Maire,
Je suis la mère d’un des infortunés jeunes gens qui ont trouvé la mort dans le carnage de la forteresse de Port-Louis.
Je viens vous demander, si comme on le fait un peu partout, il n’y aurait pas question d’ériger un monument à la mémoire de ces pauvres garçons, si oui je vous demanderai Monsieur le Maire de bien vouloir me le dire et au moment de l’inauguration de me prévenir.
Dans l’attente d’une réponse veuillez agréer Monsieur le Maire l’assurance de mes sentiments les plus respectueux.
Madame Le Corre Jean
Bourg de Lescouët-Gouarec
Côtes du-Nord. »

Le monument provisoire érigé en 1946
En 1946, le conseil municipal de Port-Louis proposa d’ériger un monument à la mémoire des fusillés sur le lieu de leur exécution, le stand de tir de la citadelle, c’est-à-dire sur un terrain militaire du domaine maritime. Le commandement de la Marine nationale accorda à la commune de Port-Louis une autorisation temporaire d’occupation d’une parcelle de ce terrain.
Le 3 mars 1946, un monument provisoire, en forme de cénotaphe surmonté d’une Croix de Lorraine, a été inauguré à proximité du lieu d’exécution à l’initiative du Parti communiste. À l’issue de la cérémonie, son représentant, M. Perrotin, a exprimé le souhait que « plus tard, soit élevé un monument définitif sur le lieu-même du crime ».
Après l’inauguration en 1960 du Mémorial des fusillés, ce monument s’est transformé en monument dédié aux Port-Louisiens victimes du nazisme, qui a été restauré en mars 2021. Une plaque de marbre portant l’inscription : « " Résurrection " dédiée à la Déportation et à la Résistance », rappelle qu’un rosier portant ce nom y a été planté par l’Amicale de Ravensbrück.

Le Mémorial des fusillés inauguré en 1960
Un comité d’érection, présidé par le maire de Port-Louis, Monsieur Le Saux, a été constitué, qui lança en 1947 un « concours d’idées » en direction des architectes :
« Le monument à la mémoire des patriotes fusillés à Port-Louis sera élevé à l’emplacement du stand de tir à proximité de la Citadelle. Il comportera obligatoirement la présence de 6 corps non identifiés ensevelis au pied du monument ».
Dans une lettre adressée au Président des architectes du Morbihan le 13 mars 1947, le maire de Port-Louis apportait les précisions suivantes :
« Le Comité a fixé à 500 000 francs le coût approximatif du monument. Celui-ci sera élevé sur le stand de tir, le citadelle elle-même servant de fond. Six martyrs restent encore non identifiés au cimetière et nous pensons les transférer dans un caveau construit sur la fosse elle-même, le monument devant être édifié par dessus ».

Ce n’est qu’en 1959, au début de la Ve République, que commença la construction du mémorial proprement dit, conçu par les architectes Guillou et Lamourec, sur un terrain racheté par la commune de Port-Louis et situé à l’emplacement de l’ancien stand de tir.

Le Mémorial des fusillés de la citadelle de Port-Louis a été inauguré le 30 octobre 1960 par Raymond Triboulet, ministre des Anciens combattants. Il est constitué d’une stèle inclinée en pierre, sur laquelle est incrustée une croix de Lorraine en métal avec l’inscription :

« Vous qui passez, arrêtez-vous, souvenez-vous que nous avons été 69 patriotes fusillés ici en juin 1944 par les nazis ».

En contre-bas, sont alignés six cénotaphes sur lesquels est gravée dans la pierre la mention « Inconnu ». Ils ont été érigés au-dessus du caveau où ont été rassemblées les dépouilles des six fusillés qui n’avaient pas pu être identifiés en mai 1945 et qui avaient été initialement inhumés dans le cimetière de Port-Louis.
Sur les murs sont scellées des plaques sur lesquelles sont inscrits les noms des 63 fusillés qui ont pu être identifiés, l’initiale de leurs prénoms et leurs communes de résidence : cinquante-et-un d’entre eux étaient domiciliés dans le Morbihan, huit dans le Finistère, trois dans les Côtes-du-Nord (Côtes-d’Armor) et un à Paris :

AUDO Alphonse, Silfiac (Morbihan, exécuté en juin ou juillet 1944)
BARON Pierre, Groix (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
BOGARD Yves, Silfiac (Morbihan, fusillé après condamnation à mort en juillet 1944)
COGET Michel, Noyal-Pontivy (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
COGET Noël, Noyal-Pontivy (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
COMMUN Jean, Paris (exécuté en 1944 à une date inconnue)
CORÉ Jean, Scaër (Finistère, fusillé après condamnation à mort le 22 juin 1944)
COTONNEC Joseph, Plouay (Morbihan, exécuté le 26 juillet 1944)
DELOFFRE Jean, Saint-Thuriau (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
DONIAS Henri, Moustoir-Remungol (Morbihan,exécuté le 25 mai 1944)
EVENNOU Fernand, Lanvénégen (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
FEUILLET Jean, Guéméné-sur-Scorff (Morbihan, exécuté le 10 juin 1944)
FRABOULET Jérôme, Cléguérec (Morbihan, fusillé après condamnation à mort en mai 1944)
GAILLARD Henri, Pontivy (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 29 juin 1944)
GAINCHE Marcel, Naizin (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
GUILLO Mathurin, Cléguérec (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
HASCOAT Jean, Quimperlé (Morbihan, exécuté fin mai ou courant juin 1944)
HELLO Raymond, Plouay (Morbihan, exécuté le 26 juillet 1944)
HENRIOT François, Querrien (Finistère, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
HERVÉ Pierre, Lorient (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
HOUARNO Rémy, Cléguérec (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
JUSTUM Roger, Pluméliau (Morbihan, exécuté le 5 juin 1944)
KERMABON André, Quimperlé (Finistère, exécuté en juin 1944)
LAUNAY Léon, Pontivy (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 28 juin 1944)
LAVOLÉ Joseph, Meslan (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
LE BAIL Louis, Gouarec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor, exécuté en 1944 à une date inconnue)
LE BOURLAY Paul, orthographié BOURLAY sur le mur du Mémorial, Silfiac (Morbihan, exécuté en juin ou juillet 1944)
LE CHENADEC Alexandre, Hennebont (Morbihan, exécuté en juin ou juillet 1944)
LE CORRE Joseph, Lescouet Gouarec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor, fusillé après condamnation à mort le 15 juillet 1944)
LE COZ Jean, Scaër (Finistère, fusillé après condamnation à mort le 22 juin 1944)
LE CUNFF Roger, Pontivy (Morbihan, exécuté le 10 juin 1944)
LE DUIGOU René, Querrien (Finistère, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
LE GALLIC François, Querrien (Finistère, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
LE GLOANNEC Joseph, Plouay (Morbihan, exécuté le 26 juillet 1944)
LE GOFF Gabriel, Pontivy (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 23 juin 1944))
LE GUIFF Jean-Marie, Lorient (Morbihan, exécuté en juin 1944)
LE JAN Yves, Quimperlé (Finistère, fusillé après condamnation à mort le 22 juin 1944)
LE MESTE Jean, Lanvénégen (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
LE MOËNE Georges, Lanvénégen (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
LE MOULEC Jean, Gouarec (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor, exécuté en 1944 à une date inconnue)
LE SOLLIEC Joseph, Meslan (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 22 juin 1944)
LE TRÉQUESSER Joseph, Locmiquélic (Morbihan, exécuté en juin 1944)
LE TUTOUR Mathurin, Pluméliau (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 19 ou le 25 mai 1944)
LESCOAT Albert, Cléguérec (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
MAHÉ François, Quimperlé (Finistère, fusillé après condamnation à mort le 22 juin 1944)
MAHOT Louis, Lanvénégen (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
MARTIN Jean, Guéméné-sur-Scorff (Morbihan, exécuté le 10 juin 1944)
MAUBÉ Louis, Cléguérec (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
MAUVAIX André, Lanvénégen (à l’état civil MAUVAISE André, Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944 )
MAZÉ Émile, Guéméné-sur-Scorff (Morbihan, exécuté le 10 juin 1944)
MORLEC François, Lanvénégen (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
MORVAN Eugène, Pluméliau (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 19 ou le 25 mai 1944)
MORVAN Pierre, Guiscriff (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 22 juin 1944)
NIVOIX Jean, Saint-Thuriau (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
PÉRENNOU Bertrand, Lorient (Morbihan, exécuté le 10 juin 1944)
PERRON Lucien, Lanvénégen (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
POULHALEC Georges, Lanvénégen (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
RIOU Joseph, Lanvénégen (Morbihan, fusillé après condamnation à mort le 11 ou le 12 juin 1944)
ROUILLÉ André, Naizin (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
ROYANT Pierre, Lorient (Morbihan, exécuté en 1944 à une date inconnue)
TRÉBUIL Aimé, Guéméné-sur-Scorff (Morbihan, exécuté le 10 juin 1944)
TRÉBUIL Francis, Guéméné-sur-Scorff (Morbihan, exécuté le 10 juin 1944)
VALY François, Plouay (Morbihan, exécuté le 26 juillet 1944)

Le nom de Joseph Justum, fusillé en même temps que son frère Roger Justum le 5 juin 1944 à Port-Louis, ne figure pas sur le Mémorial des fusillés inauguré en 1960, parce que son corps n’a pu être identifié lors de la découverte du charnier en mai 1945.
Le nom de Joseph Le Meste qui a été condamné à mort le 20 juin 1944 en même temps que Jean Coré, Jean Le Coz, Yves Le Jan, Joseph Le Solliec, Pierre Morvan et François Mahé, et qui a été été fusillé avec eux le 22 juin 1944 à Port-Louis n’y figure pas non plus, pour les mêmes raisons.
Tous les deux font partie des six inconnus de Port-Louis, ainsi probablement que
Joseph Quéret, porté disparu et emmené dans un fourgon qui a quitté la prison du Bel Air de Quimperlé et qui a sans doute été transféré à Port-Louis pour y être fusillé le 30 juin 1944.

Le Mémorial de Port-Louis associe la mémoire des déportés à celle des fusillés. Une urne contenant des cendres recueillies dans plusieurs camps de concentration a été scellée au centre du mur de façade, au-dessus d’une plaque sur laquelle est gravée l’inscription :
« Ici reposent les cendres des martyrs de la Déportation ».

Les commémorations
Chaque année le 23 mai, date anniversaire qui correspond à l’achèvement de l’exhumation des corps des fusillés, une commémoration se déroule devant le mémorial de Port-Louis, où les portraits des fusillés sont exposés.

Le 8 mai 2011, Nicolas Sarkozy, président de la République, est venu y commémorer le 66e anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie.

Le 25 avril 2021, à l’occasion de la Journée du souvenir des déportés, ont été inaugurées deux plaques commémoratives scellées sur le monument aux victimes port-louisiennes du nazisme qui se dresse près du Mémorial des fusillés.
La plaque de droite est dédiée aux résistants de Port-Louis qui ont été fusillés, exécutés, abattus ou tués au combat en d’autres lieux :
« Résistants fusillés
DAVID Lucien (exécuté le 30 avril 1944 à Landaul, Morbihan)
DUBY Jean abattu le 29 juin 1944 à Moréac, Morbihan)
GUILLOU Corentin (tué au combat le 15 juillet à Scaër, Finistère)
LE HELLEC Francis (exécuté le 30 avril 1944 à Landaul, Morbihan)
LENORMAND Jacques (exécuté le 13 juillet 1944 à Fort-Penthièvre en Saint-Pierre-Quiberon, Morbihan)
PASCOT André (exécuté le 30 juillet à Malguénac, Morbihan) »
Les noms de ces six résistants, à l’exception de Francis Le Hellec, sont inscrits sur la plaque « Guerre 1939-1945 » du monument aux morts de Port-Louis.

La plaque de gauche est dédiée aux résistants qui sont morts en déportation :
« Résistants déportés
LE CAM Joseph (morts en déportation le 8 mai 1945 à Hambourg)
MARMET Adrien (mort en déportation le 2 janvier 1945 à Wilhelmshaven)
MORU dite Lisette (MORU Marie-Louise, morte en déportation le 1er avril 1943 à Auschwitz)
SÉCHÉ Louis (mort en déportation le 26 avril 1945 à Oranienburg)
TOUMELIN Eugène (mort en déportation le 29 janvier 1945 à Derschenhausen)
TOURNAY Jacques (mort en déportation le 29 mars 1945 à Watenstedt)

Le 23 mai 2021, une plaque a été inaugurée au cœur du Mémorial des fusillés, sur laquelle sont inscrits les noms de quatre des six fusillés inconnus dont les corps n’avaient pu être identifiés lors de la découverte du charnier du stand de tir de la citadelle en 1945 : Joseph Justum, Joseph Le Meste, Joseph Quéret, identifiés en 2020, et Marcel Boudart, identifié en 2021 :
« Ici reposent les corps de six fusillés inconnus
dont trois identifiés en 2020
Joseph JUSTUM
Joseph LE MESTE
Joseph QUÉRET
et un identifié en 2021
Marcel BOUDARD ».

Il reste encore deux fusillés inconnus qui n’ont pas pu être identifiés :
INCONNU 1
INCONNU 2

Le Bunker
À l’initiative du Centre d’animation historique du pays de Port-Louis et en partenariat avec l’ANACR, un ancien bunker allemand dit « Bunker de la Radio », qui servait d’abri pour les soldats malades, blessés ou au repos, a été transformé en lieu de mémoire. Dans la première salle du bunker où est retracé l’historique de la découverte du charnier du stand de tir de la citadelle de Port-Louis, sont exposés les portraits des fusillés qui ont pu être identifiés.
Sources
SOURCES : Arch. Dép. Morbihan, 2 W 15919, crimes de guerre 1944-194 (fosses, exhumations) ; 2 W 15920, crimes allemands, découvertes de fosses 1944-4945 ; 1526 W 229, Renseignements généraux, inauguration du monument de Port-Louis ; 41 J 9, Fonds Leroux. — Arch. Com. Port Louis, 1946-1947.— Arolsen-International Center on Nazi Persecution, archives allemandes versées le 14 juillet 1971 : liste des personnes arrêtées, jugées et condamnées en mai et juin 1944. — Documents d’archives du Centre d’animation historique du pays de Port-Louis et de l’ANACR, communiqués par Françoise Le Louër et Nicole Borde. — Rapports d’activité du XXVe Corps d’Armée allemand en occupation en Bretagne (13 décembre 1940-20 novembre 1944), traduits et annotés par le commandant Even, Château de Vincennes, 1978. — Signalétique du Mémorial de Port-Louis. — Théodore Le Dortz, " Le bagne de Port-Louis ", Le maquis breton, février 1947. — " Les Martyrs de la Citadelle ", Chroniques Port-Louisiennes, Centre d’Animation Historique du Pays du Port-Louis, hors-série n° 3, juillet 1995. — Témoignage de Jean Tisserand, Ouest-France, 18 juin 1988. — Antoine Fouchet, " Les fusillés de Port-Louis, un crime impuni ", entretien avec l’historien Jean-Claude Catherine, La Croix, 6 juin 2011 — Ami entends-tu... Bulletin de liaison et d’information de l’ANACR, numéros 4 (octobre 1967), 13 (4e trimestre 1968), 15 (2e semestre 1971), 19 (2e semestre 1972), 22 (1er semestre 1973), 28 et 29 (1er semestre 1975), 31 (2e semestre 1975), 38 (2 semestre 1977), 99 (4e trimestre 1996), 154 (2e trimestre 2011) et 157 (3e trimestre 2012). — " En mémoire des déportés et des résistants de Port-Louis. Les résistants port-louisiens fusillés ", Chroniques port-louisiennes, Centre d’animation historique du pays de Port-Louis, hors-série n° 26, avril 2021. — Roger Leroux, Le Morbihan en guerre 1939-1945, Joseph Floch imprimeur-éditeur, Mayenne, 1978. — Le Morbihan en guerre 1939-1945, Archives départementales du Morbihan, 2009. — René Le Guénic, Morbihan, Mémorial de la Résistance, Imprimerie Basse Bretagne, Quéven, 2013. — " Les massacres de Port-Louis de mai à juillet 1944 ", " Lieux mémoriels en Morbihan-Citadelle de Port-Louis " et " Mémorial de Port-Louis ", dossiers en ligne sur le site Internet Les Amis de la Résistance du Morbihan, ANACR-56. — État civil, Port-Louis (actes de décès).
Jean-Pierre Husson, Jocelyne Husson

 

 

Photos annexées au texte

 

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Les 13 et 14 mars 1944, une chappe de terreur s'abat sur Vannes et le Morbihan.

L'ennemi était bien renseigné. En deux jours une trentaine de Résistants sont arrêtés.

Le réseau "Alliance" est totalement détruit. Le réseau "Armée Secrète " patiemment mis en place par le Chef de bataillon Guyaudot de la gendarmerie est décapité. Cinq de ses hommes dont le lieutenant Guillo de Ploërmel sont arrêtés.

Le général Audibert chef de L'A.S. pour le Morbihan et son agente de liaison Agnès de Nanteuil sont entre les mains de la gestapo, du  contre-espionnage allemand et des traitres français au service de l'ennemi.

Comment une telle catastrophe a-t-elle pu se produire en si peu de temps ?

 

LA RESISTANCE DANS LE MORBIHAN.
MARS 1944. Destruction du réseau « Armée secrète »
«Le Morbihan en guerre» de Roger Leroux (noté RL) et «Agents du Reich en Bretagne » de Kristian Hamon (noté KH) sont deux livres qui ont été écrits sans complaisance par deux historiens à la recherche de la vérité historique. Réalisés à partir de documents conservés aux archives : P.V. de gendarmerie, d’interrogatoires lors des procès, de dépositions, témoignages de survivants, ils nous permettent de mieux connaître et pour certains de découvrir la période trouble de l’occupation de la Bretagne avec d’une part le courage, les actes héroïques de Résistants mais aussi le comportement anti-Français, la trahison, la lâcheté de traîtres qui avaient choisi de se mettre au service des Allemands.
A partir d’extraits recueillis dans ces deux livres et après avoir évoqué les évènements qui précédèrent l’arrestation des patriotes et des principaux responsables du réseau « Armée Secrète », nous avons relevé l’incompétence, la naïveté et les graves imprudences de deux Résistants occupant des postes importants dans l’Etat-Major de l’A.S. Tout est parti d’une grave erreur commise par le « colonel Morice » qui succéda au chef de bataillon Guillaudot à la tête de l’Armée Secrète. Il choisit comme responsables de son 2ème bureau, les deux responsables du réseau « Alliance » du département. Leurs graves imprudences, inadmissibles de la part de résistants confirmés, occupant des fonctions importantes, entraînèrent une succession d’évènements dramatiques qui frappèrent de nombreuses familles morbihannaises et qui eurent pour conséquence la destruction de « l’Armée Secrète », en mars 1944.
La situation dans le Morbihan au début de l’année 1944.
« Au début de l’année 1943, le mouvement « Libé-Nord » s’implante dans le département autour de Francis Le Penven, du capitaine de vaisseau Eugène Desforges et son épouse, de Joseph Rollo, directeur d’école à Auray et d’Armand Le Bérigot, alias « Cadoudal », un ancien gendarme bien placé pour recruter dans les milieux de sous-officiers et d’officiers de carrière et de réserve. » (KH) « Le Bérigot va ensuite intégrer le réseau «Action » de la « France Combattante » que dirige Maurice Guillaudot qui a pour adjoint Paul Chenailler. » Le général Allard commande la zone M2 (Bretagne) de l’A.S. (Armée Secrète). Son adjoint pour le Morbihan est le général Audibert qui applique les directives du Délégué Militaire Régional du général de Gaulle : Valentin Abeille, un ancien sous-préfet qui est arrivé de Londres. Il organise le regroupement de réseaux de la Résistance morbihannaise qui commencent à fusionner dès la fin 1943, pour former l’ « Armée Secrète » (AS) sous le commandement Maurice Guillaudot, commandant de la gendarmerie dans le département qui fut remplacé, après son arrestation le 10 décembre 1943, par son adjoint le capitaine de frégate Paul Chenailler (colonel Morice) qui va poursuivre le regroupement des réseaux au sein de l’A.S. « Parmi ces réseaux se trouve « Alliance » dont le responsable pour la Bretagne est André Coindeau, ingénieur à la Direction des Travaux maritimes à Nantes qui installe Emile Audran, agent technique des travaux maritimes à Lorient comme responsable départemental pour le Morbihan. Ce dernier recrute Auguste Vigouroux, un ancien camarade de l’arsenal de Lorient qui devient son adjoint. » (KH)
« A la fin de décembre 1943, Coindeau et plusieurs membres de son groupe sont arrêtés. Recherché, Emile Audran va se réfugier à Vannes chez Auguste Vigouroux qui le conduit chez Madame Desforges qu’il connaît et qui réside sur l’île de la Jument dans le Golfe du Morbihan. Mme Desforges présente et recommande Audran et Vigouroux à Chenailler qui poursuit son regroupement de réseaux et l’organisation de l’Etat-Major de l’AS. Paul Chenailler, le «colonel Morice» nomme Audran chef de son 2° Bureau avec Vigouroux comme adjoint, après leur avoir donné l’ordre de ne plus avoir de contacts avec «Alliance»,
leur ancien réseau» (KH ) «Ils continuèrent à avoir des relations avec des Résistants du réseau « Alliance » d’Hennebont-Lorient, en particulier avec Suzanne (Suzanne Huet), une jeune fille de 20 ans, dactylo aux Travaux maritimes d’Hennebont qui est l’agent de liaison entre Audran et Poulichet.» (RL).
« Au même moment, Audran noue une amitié avec un nommé «Jean Laroche» qui lui fait croire qu’il est un agent double. Audran est alors convaincu de posséder en « Laroche » un informateur de premier choix et le met au courant de ses activités. «Jean Laroche» s’appelle en réalité Claude Laboriaux né en 1916 à Paris. » (KH)
Paule Sizun, ancienne agent de l’Abwehr de Quimper qui été mutée à Vannes témoigna : « Laroche » était l’un des agents les plus actifs de Schroëder. Il venait tous les deux jours au bureau du 18 rue du port (bureau du contre-espionnage), accompagné de « Marly ». Il était en relation directe avec Schrade, le grand chef de Rennes. Il possédait de faux papiers attestant qu’il était ingénieur en aéronautique. A l’abri de cette couverture, il faisait de l’espionnage. « Marly » était le pseudonyme de Marcel Muller, un Alsacien interprète de l’abwehrstelle de Vannes. » (KH)
Armand Le Bérigot (Cadoudal) précisera : « Au mois de février 1944, j’étais adjoint du colonel Chenailler, chef d’Etat-Major de l’AS . J’avais comme chef de Bureau (2° bureau) un nommé Audran (Gabriel) qui avait comme adjoint un nommé Auguste Vigouroux dont la famille tient un café à Vannes. C’est Mme Defforges qui avait abrité Audran sur l’île de la Jument qui l’avait présenté comme très sûr. Audran se disait recherché par la gestapo en tant qu’agent de l’Intelligence Service. Du mois de janvier au mois de mars 1944, j’ai envoyé plusieurs fois Audran en missions de renseignements dans le Morbihan. Il envoyait souvent Vigouroux à sa place. Ils ont fini par connaître une partie du personnel dirigeant de l’AS. J’avais formellement interdit à Audran de tenir des listes des personnes visitées. » (KH)
Audran savait-il que « Laroche » était un agent du service du contre-espionnage allemand ? Mis en garde par Armand Le Bérigot, chef d’Etat-Major, son supérieur au sein de l’AS, il lui répondit : « qu’il ferait un excellent agent de renseignement étant donné sa fonction dans la milice. » (KH) (Claude Laboriaux alias « Jean Laroche » sera condamné à mort par contumace le 11 juillet 1947 par la cour de justice de Rennes)
« Laroche » a fait la connaissance de Suzanne par l’intermédiaire d’Audran. Suzanne est son agent de liaison avec le groupe du réseau « Alliance » d’Hennebont-Lorient avec lequel il est toujours en relation malgré l’interdiction qui lui avait été faite. Suzanne Huet » devient vite l’amie de Laroche et lui dit ce qu’elle sait. » (RL)
D’après Mme Vigouroux, tous fréquentaient son café : « Je connais Audran depuis assez longtemps par mon mari qui était en rapports assez amicaux avec lui. Ils s’étaient connus à Lorient où tous deux étaient à l’arsenal. Audran connaissait un nommé «Jean Laroche» qui venait souvent au café, accompagné d’une jeune fille, mademoiselle Suzanne, avec laquelle il semblait être très bien. Mon mari consommait avec eux quand ils venaient. » (KH)
En cas d’échec, Audran avait-il fait le sacrifice du groupe «Alliance» d’Hennebont-Lorient ? Connaissant la liaison de « Suzanne » avec un responsable de la Milice, Auguste Vigouroux qui était aussi l’adjoint d’Audran dans le réseau Alliance pouvait-il prévenir et sauver les membres de ce réseau ?
En bon professionnel, spécialiste du renseignement, «Laroche» face à deux amateurs, imprudents, prétentieux, naïfs et orgueilleux, estima que le moment était venu de passer à l’action.
Les tragiques évènements de mars 1944. « Le 13 mars 1944, au matin, sept membres du réseau « Alliance » sont arrêtés aux Travaux Maritimes d’Hennebont. Ils seront torturés et internés à Vannes et à Rennes où quelques-uns seront libérés mais les
autres partiront en direction des camps nazis. Toulgoat alias «Legrand» s’évadera sur les bords du Cher, du train qui avait quitté Rennes le 3 août. Pierre Poulichet, Mme Dubois et Noël de Toury seront libérés à Belfort, sous contrôle allemand, le 28 août. » (RL) «L’après-midi du 13 mars, c’est au tour de Vigouroux d’être interpellé à la gare de Vannes. Le soir, Emile Audran est également arrêté et les Allemands trouvent sur lui un carnet où figurent de nombreux noms. Torturés ils vont fournir des renseignements sur les patriotes de l’AS mentionnés dans le carnet. Le SD allemand connaît désormais une grande partie de l’encadrement du réseau «Alliance » et de l’AS dans le Morbihan. C’est la stupéfaction parmi les rares membres du réseau qui ont échappé à ce coup de filet. » (KH) Armand Le Bérigot qu’Audran et Vigouroux ne connaissaient que sous son pseudonyme, fut arrêté mais relâché car il présenta sa véritable carte d’identité. Il avait mis en garde Audran et n’est pas étonné outre mesure : «Lorsque j’ai appris ces arrestations, j’ai aussitôt porté mes soupçons sur le nommé «Laroche » qui était arrivé à Vannes deux ou trois semaines auparavant et qui m’avait été signalé comme chef de la Milice. J’avais aussitôt communiqué ce renseignement au chef du 2ème Bureau qui était Audran. Ce dernier me répondit qu’il le connaissait parfaitement et qu’il avait pris une consommation avec lui la veille. J’ai su que le « colonel Morice » l’avait lui-même mis en garde contre «Laroche». Pour ma part, j’avais donné l’ordre à Audran de cesser ses relations avec « Laroche ». Il me répondit que c’était entendu, qu’il allait avoir une dernière entrevue avec lui et qu’il aurait « Laroche » ou que ce serait ce dernier qui l’aurait. Ceci se passait 48 heures avant notre arrestation. » (KH)
« Incarcérés à la maison d’arrêt de Vannes, Vigouroux et Audran sont torturés par des policiers du SD descendus spécialement de Rennes avec des membres de la Formation Perrot. Vigouroux est enfermé dans la cellule d’Eugène Thomas, un patriote arrêté dans le maquis du Poulmain le 10 février 1944 qui témoigna : « Après un interrogatoire, il était en piètre état…il me fit part de son affaire. Il me dit que cette dernière avait été découverte par un milicien ami d’Audran. Il me dit avoir été torturé tout d’abord pour donner l’adresse d’Audran puis lorsque ce dernier fut arrêté, pour reconnaître que des personnes dont on lui présentait la liste appartenaient à la Résistance. J’ai la conviction que si Vigouroux a parlé, ce n’est que sous les coups.» (KH) « Le 14 mars à Vannes, les Allemands se présentent chez Sabine de la Barre de Nanteuil : «Durant l’occupation, ma fille aînée Agnès était agent de liaison du général Audibert et du colonel «Morice». Pour son service, elle était en relation avec Audran, alias «Gabriel». D’après la rumeur publique, «Gabriel» fut arrêté tard dans la soirée du 13 mars 1944 et ma fille Agnès le fut le lendemain vers 8 heures». (KH) A Vannes et dans le Morbihan, les arrestations de membres de l’A.S. dont beaucoup sont des cadres qu’Audran et Vigouroux rencontraient lors des missions qui leur étaient confiées, vont se succéder. « Roger Leroux a établi une liste dans laquelle il n’a fait figurer ni Audran ni Vigouroux : A Malestroit : le général Audibert. A Vannes : Francis Le Penven, Joseph Tastard **, Agnès de Nanteuil (grièvement blessée à Langeais par l’un des gardiens, elle mourra le 13 août à Paray-le-Monial dans le train qui la conduisait en déportation). A Ploërmel : le lieutenant de gendarmerie Guillo. *** A Sarzeau : le gendarme Jaffré et le docteur Jacques Sélou. A Questembert : l’adjudant de gendarmerie Brière, Albert Le Brun * et Gabriel Malard.* A Hennebont : l’adjudant de gendarmerie Nicolas**. A Muzillac, Emile Le Grévellec*, chef de district de l’AS, fils du directeur de l’école Jules Ferry de Vannes. A Pontivy : l’adjudant-chef de gendarmerie André Guillo ** A Auray : Joseph Rollo,** directeur de l’école de la gare, membre du bureau national du syndicat des
instituteurs. A Elven : Louis Le Barzic,* notaire, Jean-Paul Burgot,* Yvon Chailloux,*** Raymond Le Cadre***, Paul Plisson*** A Lanouée : François Bily***, chef du district AS de Josselin. A Josselin : Francis Le Drogo, minotier qui s’évadera à Langeais du train qui le conduisait en Allemagne. A Guémené : Michel Le Moal, chef de district de l’AS.
*fusillés à Rennes le 8 juin 1944. ** morts en déportation *** reviendront de déportation.
« Le coup de filet mené contre l’AS du Morbihan va trouver son épilogue le 31 mars avec l’opération menée sur l’île de la Jument. Six policiers allemands du SD de Rennes et des membres de la Formation Perrot : Perrin « Gwinieg », Chevalier « Mareg » et Guillo « Jégou » avec leur chef Ange Péresse encerclent la maison, refuge de patriotes et arrêtent : le capitaine de vaisseau Defforges**et sa femme, M. et Mme de Cartier, Catherine de Nanteuil (soeur d’Agnès), François Pocreau *** et Joseph Le Dorven**» (KH)
Août 1944. « Les Allemands partis de Vannes, l’affaire ressurgit puisque Audran et Vigouroux sont inculpés par contumace « d’intelligence avec l’ennemi et de livraison de membres de la Résistance à l’ennemi ». « Après une longue et pénible instruction, la cour de justice du Morbihan prononcera une décision de classement le 20 août 1945 :« Attendu qu’il s’agit de deux Résistants indiscutables, d’ailleurs déportés l’un et l’autre en Allemagne, qu’on ne peut reprocher à Audran que des imprudences ou des négligences, que Vigouroux a parlé seulement sous la torture, qu’on ne trouve dans cette affaire aucun élément intentionnel. On mesure, à la lecture de cette décision, le cas de conscience que devait représenter pour les juges cette douloureuse affaire. Le 20 août 1945, date du jugement, nul ne sait encore ce que sont devenus les deux hommes» (KH) Les juges ont peut-être considéré que la déportation était une sanction suffisante pour les deux accusés.
Bilan dramatique.
Conséquence de l’initiative irraisonnée et hautement risquée des deux responsables de son 2ème Bureau : Emile Audran et Auguste Vigouroux, l’«Armée Secrète », le plus important des mouvements de la Résistance morbihannaise, a été démantelée : une quarantaine de patriotes ont été arrêtés, cinq furent fusillés, seize furent envoyés en déportation, sept trouvèrent la mort dans les camps nazis.
70 ans plus tard, les familles des victimes se souviennent toujours de la conduite héroïque des courageux combattants de la Résistance et des conditions dans lesquelles certains ont été dénoncés, sont tombés entre les mains des Allemands et de la milice, ont été torturés, déportés ou fusillés.
 
                                                                                                                                                                                                                                                                                               PIERRE OILLO
 

 

 

Arrestation en 1941 opération Porto

 

 

Opération PORTO

 

PANNEAU ARRESTATION 1941

 

Opération Porto Résistant