CEREMONIE ETEL 7 MAI 2026

 

ALLOCUTION ECRITE ET LUE PAR MARYLINE LE SAUCE,

PRESIDENTE DU COMITE DU PAYS D’AURAY DE L’ANACR

 

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs,

Très chers Amis,

 

Cela fait 26 ans, en ce 7 mai 2026, que nous sommes présents au côté de la municipalité d’Etel, dans le souvenir de ces heures sombres de l’histoire de notre pays.

26 années de partage, 26 années d’amitiés fraternelles.

Nous connaissons la renommée d’Etel, station balnéaire au riche passé maritime.

Mais il existe aussi Etel, la résistante, la combattante. Nombreux sont ses enfants à s’être engagés au nom de la liberté. Ils font partie de ces êtres chers ayant contribué à l’écrasement du monstre nazi. L’émotion est toujours présente.

Le 7 mai 1945 est une date importante pour notre région.

Il s’agit de la signature de l’acte de reddition des forces allemandes de la Poche de Lorient.

Signé au Café Breton, tout près d’ici, cet évènement historique fait entrer Etel dans la grande histoire de notre pays. Nous devons le raconter aux jeunes générations.

Les 3 signataires sont le colonel nazi Borst, le colonel américain Keating et le colonel français Joppé.

La cérémonie officielle eut lieu à Caudan, le 10 mai 1945. 7 mai-10 mai. Les Allemands profitèrent de ces deux jours pour détruire leurs archives et ainsi faire disparaître les preuves de leurs responsabilités dans les massacres de

Port-Louis, Penthièvre, Langoëlan, Landordu, Kerdinam, Ke-ryacunff, et combien d’autres.

« C’en » était fini de la morgue et de la cruauté de cette armée d’occupation.

La guerre européenne s’acheva le 8 mai 1945 à Berlin, par la signature de la « Capitulation sans condition » de l’Allemagne nazie, signée par le maréchal Joukov, le maréchal nazi Keitel, en présence du général de Lattre de Tassigny, représentant la France.

 

Il fallut attendre la reddition japonaise, le 2 septembre 1945, pour mettre fin au 2e conflit mondial, après la sidération, l’horreur, de l’explosion des 2 bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki.

Le général Leclerc signe cet acte de capitulation au nom de la France.

Le bilan de cette guerre est monstrueux.

60 à 70 millions d’êtres humains précipités dans la mort, les civils l’emportant sur les combattants, phénomène inédit.

En France, des femmes, des hommes, des jeunes gens, filles et garçons, sensibles aux injustices, refusant toute forme de racisme, humiliés par l’occupation allemande, subissant la cruauté de ces soldats, refusant le régime collaborationniste et dictatorial de Vichy, mais tant attachés aux valeurs de notre République, décidèrent « de faire quelque chose », sans aucun calcul, en toute humanité, en toute humilité.

Ce « faire quelque chose » deviendra la Résistance.

Jean Moulin, un homme d’exception, délégué général de de Gaulle, le chef de la France Libre, fut chargé de constituer une armée secrète, elle sera l’armée des ombres.

Il devint le 1er Président du C.N.R., constitué dans la clandestinité le 27 mai 1943.

15 000 FFI se battirent comme des lions, souvent sous-équipés, venant des réseaux de l’AS, des FTP, des Maquis, ou recrutés à la libération du pays, pour libérer la Poche de Lorient.

Rémy Guillevic, jeune résistant puis F.F.I. au sein du 4e Bat du Morbihan, (il fut président d’honneur de notre comité), nous racontait les combats auxquels il avait participé, ceux qui se déroulèrent le long de notre rivière, Nostang et Ste-Hélène.

Il nous disait « nous voulions laver l’outrage et reconquérir le droit de vivre en hommes libres ».

Nous préférions nous battre plutôt que d’accepter la soumission et l’esclavage nazi, afin que notre libération ne vienne pas seulement de l’extérieur sans que nous n’y prenions notre part.

Objectif atteint, nous lavant aussi du même coup de « l’humiliation de 1940 ».

Au travers des parcours de nos deux ételois, Marguerite Solleu et Adrien Gouzerh, trop longtemps oubliés, c’est un hommage rendus aux femmes et hommes, connus et inconnus, qui ne plièrent jamais face aux nazis.

Prenez le temps de lire leurs trajectoires durant ce conflit.

 

Marguerite et Adrien représentent parfaitement la diversité de la Résistance.

Des femmes, des hommes, jeunes ou plus âgés, appartenant ou pas à un réseau, c’était cela la richesse de la Résistance, la pluralité des engagements.

Peu leur importaient leurs nationalités, leurs origines sociales, leur religion. Ils se retrouvaient toutes et tous dans le combat des valeurs humanistes.

Claire Andrieu, historienne, dit ceci :

« Cette notion, l’humanisme, peut être considérée comme le fondement de la lutte citoyenne contre le IIIe Reich ».

Marguerite, résistante isolée, déportée à 45 ans, rentrera de l’enfer de Ravensbrück et Mauthausen, N.N. destinée à disparaître, Adrien, tout jeune F.T.P., mourra à 18 ans à l’hôpital d’Auray, en décembre 44 des suites de ses blessures, reçues en mai 44, lors de l’attaque de la ferme où il se cachait avec ses 3 camarades,

Henri Gaillard, Gabriel Le Goff et Léon Launay, arrêtés lors de l’assaut, torturés, leurs corps retrouvés dans le charnier découvert à la citadelle de Port-Louis en mai 45.

Nous avions peu d’éléments sur notre tout jeune marin-pêcheur, Adrien, jusqu’à lundi dernier.

Mais grâce à Madame Humbert, directrice des archives départementales, qui m’a fait parvenir sa fiche matricule du quartier d’Etel, je sais maintenant qu’Adrien possédait son certificat d’étude, qu’il était un adolescent blond aux yeux bleus, et qu’à 14 ans, il embarquait comme mousse sur le thonier à voile, le Marie-Marguerite, en mai 40, puis comme novice jusqu’en septembre 42.

Je remercie Coline et Greg du Musée de m’avoir fait parvenir trois belles photos du Marie-Marguerite.

Je peux maintenant imaginer ce jeune homme, épris de liberté, se jeter dans le combat.

Cet espace de verdure, à deux pas de la rivière, tout près du quai où il devait embarquer, est vraiment le lieu qu’il fallait pour lui rendre hommage.

Et je suis certaine que Marguerite s’y promenait également.

En tout cas, les voilà réunis et unis, passant de l’ombre à la lumière. Nous vous remercions, Monsieur le Maire et les membres du Conseil municipal, de permettre, par cette inauguration, le partage des plus belles valeurs de notre République.

 

Aujourd’hui, témoin de témoin, notre comité, attaché à la transmission de la flamme de la Résistance, met toute son énergie, son affection, sa tendresse, à raconter dans les lycées, collèges, classes de CM2, l’histoire de ces femmes et hommes extraordinaires, ces amoureux de la vie.

Nous devons nous nourrir de leur force, de leur combativité face à l’ennemi, être dignes de leurs engagements.

Fallait-il aimer son pays au point de mettre sa vie en jeu.

Il est vrai, qu’aujourd’hui, nous sommes inquiets face à l’actualité géopolitique, nos alliés d’hier devenant nos adversaires d’aujourd’hui.

Nous devons être vigilants, protéger notre démocratie, même si elle ne nous semble pas parfaite.

Cette liberté, chèrement acquise par nos aînés lors de ce conflit mondial, nous devons la préserver.

Soyons éveilleurs et réveilleurs de conscience. Vivre libre n’est-ce pas ne plus avoir peur !

Et que vive notre beau pays la France

Merci