Journée de la femme dans la Résistance

 

 

Keryacunff – Bubry - 26 juillet 2026

 

Intervention écrite et lue par Maryline Le Sauce, Présidente du comité de l'ANACR du Pays d’Auray

 

Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs membres du Conseil municipal

Mesdames et Messieurs les élus,

Mesdames et Messieurs les représentants d’associations patriotiques

Messieurs les porte-drapeaux

Mesdames et Messieurs, membres des familles de résistants

Mesdames, Messieurs,

Chers Amis,

 

Je remercie notre Président de m’avoir proposé de prendre la parole dans le cadre de cette journée hommage aux femmes dans la Résistance.

Une pensée fraternelle pour nos sapeurs-pompiers luttant contre des feux titanesques, car ne l’oublions pas, ils sont souvent présents, à nos côtés, lors de nos cérémonies patriotiques.

Mais revenons à notre cérémonie dédiée aux résistantes.

Nombreuses sont les plaques ou stèles mémorielles parsemées sur le territoire morbihannais.

Derrière ces noms gravés dans la pierre, la curiosité doit nous animer.

Il y a des visages, des actions, des missions incroyables menées par une jeunesse refusant de plier, de s’agenouiller devant l’envahisseur.

Ils sont ces femmes, ces hommes fidèles au pays de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, mesurant la puissance des valeurs de notre République.

Il y a 82 ans aujourd’hui mourraient sous les balles ennemies, six patriotes.

2 chefs F.T.P. Désiré Le Douaron (dit Alphonse), 24 ans, Georges Le Borgne (dit Serge), 24 ans, 4 agentes de liaison, Marie Gourlay (dite Dédée), 22 ans, Joséphine Kervinio (dite Martine), 21 ans, Anne-Marie Mathel (dite Jeanne), 17 ans, et Anne Robic (dite Nénette), 21 ans.

Depuis le débarquement et la bataille de Saint-Marcel, la répression se fait terrible en Morbihan.

Les Alliés ont besoin du soutien de la Résistance et elle ne faillira pas. L’ennemi est harcelé, les résistants, par leurs actions, font régner une insécurité permanente.

Les membre du C.M.R., (comité militaire régional), organe de commandement des Francs-Tireurs & Partisans, se déplacent de plus en plus. Et les agentes de liaison deviennent essentielles dans ce contexte.

« Sans elles, l’état-major aurait été sans efficacité », paroles de Georges Marca, un survivant de cette tragédie.

Le Colonel Rol-Tanguy considérait ces agentes de liaison comme des piliers indispensables, « elles étaient le nerf de la guerre clandestine » dira-t-il.

Comme de nombreuses camarades, pour mener à bien leurs missions, Dédée, Martine, Jeanne et Nénette, parcourent à vélo, de jour comme de nuit, des kilomètres et des kilomètres, qu’il pleuve ou qu’il vente, afin de transmettre des informations essentielles aux unités combattantes.

Ce sont des déplacements harassants et bien sûr risqués.

L’occupant et la police française savent que sous le sourire de « la jolie petite française, la femme fragile » se cache peut-être une « terroriste », mais pour la République française, une magnifique patriote lutte pour la liberté.

Ces résistantes sont infiniment respectées par leurs frères de combat et n’hésitent pas à se mettre en danger pour les protéger lors de certaines missions.

Elles sont incroyables de courage, de sang-froid, de détermination, d’audace.

Le 25 juillet 44, nos 4 Amies participent à une réunion clandestine du CMR, pas très loin d’ici.

Le 26 juillet, à l’aube, leurs vies basculent. Plusieurs unités allemandes (+ de 400 hommes), accompagnées de miliciens, arrivent sur les lieux.

Une bataille courte, terrible et violente s’engage. Les F.T.P. se défendent à la mitraillette, à la grenade.

Encerclés, Jeanne, la plus jeune, avant d’être capturée, abat un allemand avec son revolver, Dédée réussit à mettre plusieurs ennemis hors de combat.

Entre les mains de ces derniers, ces 6 combattants sont battus, torturés, fusillés à bout portant, leurs corps mutilés, laissés face contre terre, les bras en croix, par leurs bourreaux.

Dédée, Martine, Jeanne, Nénette, femmes sans histoire avant-guerre, vous faîtes partie de la grande histoire de notre pays aujourd’hui. Sans vous et vos camarades, que serait-il advenu de celui-ci ?

Vous êtes d’origines sociales et confessionnelles différentes, certaines jeunes, voire très jeunes, d’autres moins, mais la lutte est la même, chasser l’occupant, rétablir la République et retrouver la liberté.

Bien qu’étant sous la tutelle d’un père ou d’un mari, vous ne vous en inquiétez pas, ne demandez pas l’autorisation, ni à l’un, ni à l’autre, pour participer au combat de libération de la France, votre cher pays.

La victoire célébrée, vos camarades, survivantes de leur combat, regagnent, pour la plupart, leur foyer, sans rien demander, en toute humilité.

Nous lisons souvent cette phrase :« Il fallait bien faire quelque chose ». Oui Mesdames, et vous l’avez fait, avec quel courage, quelle abnégation.

Dès 1940, vous faîtes preuve d’initiative, d’énergie, d’intrépidité, vous n’avez peut-être pas eu le choix.

En l’absence de vos maris, pères ou frères, prisonniers dans les stalags, vous devenez chefs de famille, chefs d’exploitation.

Vous ouvrez votre porte aux pilotes alliés abattus et pourchassés par l’ennemi. Vous êtes infirmières, dactylos pour la production de tracts ou de journaux clandestins.

Vous participez aux manifestations de ménagères contre la faim, les pénuries et rationnement.

Vous ravitaillez les maquisards planqués en forêt.

Vous cachez, nourrissez des prisonniers de guerre échappés des stalags, des personnes recherchées, victimes des lois antisémites de cette dictature collaborationniste d’un État français dirigé par Pétain et ses nervis.

C’est normal, naturel, dîtes-vous, mais ce sont surtout des actes de grand courage.

Dédée, Martine, Jeanne, Nénette, vous n’aspiriez certainement qu’à une vie faite de grands et petits bonheurs, entourées de l’amour d’êtres chers.

Mais la guerre a bouleversé vos destinés. Vous avez refusé l’humiliation, vous avez dit

« NON » à l’insupportable, au manque de liberté, au pillage de votre pays. Votre humanité, votre amour de la France vous ont fait payer le prix fort.

Votre camarade, Monsieur Roger Marette, dernier résistant déporté morbihannais, vient de fêter ses 99 ans. Fatigué, il ne témoigne plus.

Nous devenons ainsi des témoins de témoins.

Très chères héroïnes bretonnes, trop méconnues, égales de vos sœurs de combat telles que Lucie Aubrac, Germaine Tillion, Bertie Albrecht, et bien d’autres, vous nous avez tant donné.

Transmettre votre mémoire auprès de la jeunesse est une façon de vous remercier. Vous seriez certainement étonnées de constater l’intérêt que porte cette jeunesse à vos trajectoires durant la Seconde Guerre mondiale.

Chaque année, en avril, lors des corrections du concours national de la Résistance et de la Déportation, nous observons l’excellent travail des collégiens et lycéens, appuyés par leur professeur d’histoire.

Ils s’intéressent à cette période tragique et nous en sommes heureux.

Nous le constatons également lors de nos rencontres avec les collégiens et lycéens durant nos échanges autour de notre exposition « Vivre à en mourir ».

Dans les classes de CM2 de mon secteur, les élèves sont aussi réactifs à l’histoire de la Résistance, c’est un vrai plaisir d’échanger avec eux, ils sont d’une grande fraîcheur.

La transmission auprès des jeunes générations s’effectue donc.

Très chère Dédée, très chère Martine, très chère Jeanne, très chère Nénette, nous n’oublions pas, nous ne vous oublions pas. Soyons dignes de vous.

Femmes inspirantes, généreuses, amoureuses de la vie, vous continuez à nous montrer le chemin. Nous avons besoin de votre force, de votre énergie, de votre lucidité, le monde d’aujourd’hui est si inquiétant, nos amis d’hier devenant nos ennemis.

Faisons nôtres les mots de votre camarade Violette Maurice, résistante déportée, écrivaine et poétesse : « Ne jamais être complice de l’oubli ».

Nous ne sommes pas complices de l’oubli. Merci Mesdames

Vive la Journée de la femme dans la Résistance.